Stress, travail, responsabilités et mémoire

Stress, travail, responsabilités et mémoire

Le stress lié au travail et à l’exercice de responsabilités dans tous les domaines

Mails, SMS, messages vocaux dans nos portables emplissent chaque jour nos boites à lettres. Les services, les réponses, les livraisons, les rapports doivent être effectués, apportés, assurés ou remis dans des délais toujours plus courts, concurrence et technologie obligent. Il faut répondre à tout.

Qui n’attend pas une réponse dans l’heure à son mail ou à son SMS ?

Certes on nous a dit, ou nous savons, ou nous essayons de nous convaincre qu’il faut prendre le temps pour faire ou répondre ou, mieux, de respirer avant de faire ou répondre.

Le PrisonnierDe même que dans le feuilleton « Le Prisonnier », diffusé en 1968 en France – cela réveillera quelques souvenirs à plusieurs d’entre nous – on demande au héros appelé Numéro 6, interprété par David Mac Gohan, des « renseignements », et ce, de façon obsessionnelle, sans qu’on sache de quels renseignements il s’agit, de même, notre monde semble obsédé par les réponses.

Il faut des réponses, ou plutôt, il faut des actes de réponses. Quel particulier ou quel professionnel n’attend  pas une réponse dans l’heure à son mail ou son SMS ? Et d’ailleurs, le rythme général des choses peut le justifier à certains égards. … Il faut faire, … il faut répondre, … et vite !

Le foisonnement des messages qui nous parviennent et l’exigence ressentie d’y apporter des réponses rapides provoquent stress, burn-out, mal-être, troubles de la mémoire. Cette mise sous pression permanente nous frappe et nous transforme en prisonniers du quotidien.

 

Au cours d’une formation ayant pour thème « Le développement de la mémoire », chez une importante société de production et distribution de champagne, je fus surpris au début de la séance, lors du tour de table préalable où chacun se présente et exprime ses motivations, de la plainte exprimée spontanément par plusieurs participants. Ils se plaignaient du stress vécu quotidiennement par la pression qu’ils subissaient. Cette souffrance professionnelle était générée par la masse des mails que ces personnes découvraient dès leur arrivée au travail et par ceux qu’ils recevaient tout au long de la journée. Ces mails exigeaient des réponses rapides. Pour y répondre, des tâches nouvelles s’imposaient tout au long de la journée en obligations désordonnées, perturbant ainsi le plan de travail de chaque personne concernée.
Le même phénomène se reproduisit au cours d’une autre séquence de formation avec un autre groupe.

stress Carrey Jim

Y a-t-il une relation entre le stress et la mémoire ?

Assurément oui !

On peut même affirmer que le stress est l’un des poisons les plus nocifs pour la mémoire. Était-ce ce qu’avaient ressenti consciemment ou inconsciemment les membres des deux groupes mentionnés ? C’est fort possible.

Dans un article précédent, le docteur Jean-Marie Habar avait expliqué le mécanisme physiologique de l’effet détériorant du stress sur la mémoire (Cf. article « Stress et mémoire »)

Il existe plusieurs situations génératrices de stress.

Stress lié au vieillissement

stress et vieillissementCertains stress apparaissent avec le vieillissement, période de la vie où nombre de personnes s’inquiètent davantage, parfois sans raison particulière. Certains états de stress surgissent lors d’une épreuve éprouvante telle la perte d’un proche ou plus prosaïquement à la suite du passage à la retraite.

Stress lié aux activités exercées, aux responsabilités exercées.

stress et activitéMais il existe également une forme de stress liée soit à l’activité professionnelle, soit aux responsabilités à assumer ou aux engagements pris dans des activités nouvelles après la période professionnelle. Ici, le stress est un état de détérioration psychologique causé par le sentiment d’impasse à gérer une overdose soit d’informations, soit de tâches à assurer, dans une période de temps imposée, mais trop courte. Plusieurs remèdes existent.

 

Maîtriser le stress : un rapport entre conscience et agents stressants

Une attitude mentale maîtrisant le stress place la conscience du sujet au-dessus des agents stressants. Dans cet état, le sujet considère avec calme, sérénité même, l’ensemble des événements. Selon l’expression usuelle, « il domine la situation ». Dans cette attitude, le sujet est libéré dans sa pensée, il gère, trouve et met en œuvre ce qui peut être traité, il redonne aux choses qui l’entourent un rythme et une organisation temporelle qui les rend faisables, il considère sans angoisse ce qui est impossible et en tire sagement les conclusions.

Pour atteindre cette maîtrise, trois familles de solutions sont à envisager :

1 – Remèdes pratiques

stress pause  Faire une pause de temps à autre et respirer pour aérer le mental ; marcher régulièrement une vingtaine de minutes ou davantage en réfléchissant pour, justement, poser la réflexion ; avoir une activité physique pour rééquilibrer le corps et l’esprit. Ces pratiques sont simples et excellentes.

 

2 – Remèdes à la mode dits recherche « d’états modifiés de conscience »

Exercices de méditation laïque ; yoga ; taïchi ; qi-Kong ; hypnose. Ces exercices sont louables sous bien des aspects. Ils peuvent cependant aussi constituer une fuite du mental. Sous cet angle, il appartient à chacun de trouver son point d’équilibre entre la maîtrise d’un détachement des choses et la conservation d’une conscience en prise nécessaire avec les choses.

3 – La concentration avec représentation d’images mentales

C’est la forme proposée et mise en pratique dans les ateliers Mens Sana. Cette pratique ouvre un univers d’images intérieures extrêmement riche, qui s’approfondit et s’étend avec la pratique. Il en résulte une extension remarquable des champs imaginatifs, ainsi qu’une densité accrue des remontées émanant de notre mémoire. L’un des effets bénéfiques de cette pratique est de favoriser la prise de hauteur de vue vis-à-vis des évènements qui nous entourent et d’éliminer le stress au profit d’une conscience libérée et néanmoins active face à ces événements.
Cette méthode a l’avantage d’être agréable à pratiquer. De plus, le sujet qui la pratique s’étonnera probablement des découvertes mentales intérieures qu’il fera au bout d’un certain temps de pratique.

La concentration

Pour terminer, voici un exercice pratique que nous vous proposons, extrait du programme Mens Sana « Mémoire Tonique Senior » :
Assis, tranquille, seul(e) de préférence, en pratiquant un exercice de maîtrise de la respiration si vous y êtes habitué(e) ou sans exercice de respiration si vous n’y êtes pas familiarisé(e), les yeux fermés, imaginez et visualisez une forêt.

Vous êtes dans cette forêt. Entre les arbres, un chemin accueillant vous invite à marcher. Vous ressentez la douceur du sol sous vos pieds, des odeurs de feuilles humides emplissent vos narines. Tout est calme et paisible. La clarté d’une lumière douce, un peu voilée, éclaire ce qui semble être la limite du chemin, loin devant vous. Vous êtes bien. Prolongez ce moment d’évasion et de concentration aussi longtemps que vous vous y sentez bien.
Faites maintenant démarrer la vidéo ci-dessous et laissez-vous conduire par la musique (Durée : 10 mn.)

Intuition, créativité et mémoire

Intuition, créativité et mémoire

L’intuition, la Créativité et la mémoire sont en étroite interrelation. L’intuition se manifeste souvent comme une « révélation », une solution à un problème insoluble ou une idée créative, novatrice, voire révolutionnaire.

« L’intuition est la perception immédiate de la vérité sans l’aide du raisonnement » dit le dictionnaire Larousse.

 

Découverte et intuition

Dans les années 1970, Le docteur Judah Folkman poursuivant une recherche sur le sang artificiel, observe que les cellules cancéreuses de la souris plongées dans un bain d’hémoglobine cessent de se multiplier lorsqu’elles forment une tumeur de la taille de la tête d’une épingle.

Il a une intuition géniale : les tumeurs ne peuvent pas se développer au-delà d’une certaine taille sans apport en sang par les vaisseaux sanguins. Il envisage sur cette base un contrôle des tumeurs. Bien que rejeté par la communauté scientifique, il persiste dans sa recherche, sûr de son intuition. Il mit en lumière le phénomène d’angiogenèse (Formation de nouveaux vaisseaux sanguins par une tumeur maligne qui lui permet ainsi de s’oxygéner, de se nourrir et de se développer), étape fondamentale dans le traitement du cancer. C’est à la suite de ses travaux que le premier traitement anti-angiogénique fut donné en 2004.

Nombreux sont les exemples de révélation soudaine.

 

L’intuition est basée sur la mémoire

A l’université de l’Iowa, Antonio Damasio organise sous forme de jeu un test, devenu universel, pour révéler d’une part le rôle des émotions et d’autre part le rôle de l’intuition dans nos prises de décision.

Quatre paquets de cartes sont présentés au participant. Le participant doit tirer 100 cartes des paquets de son choix. Certaines cartes rapportent des points, d’autres en font perdre. Il y a deux paquets à haut risque faisant perdre des points et deux autres paquets à faible risque. Au bout d’un moment, le participant reconnait les bons et les mauvais paquets. Mais, avant qu’il ait pris conscience des bons et mauvais paquets, on enregistre par un test cutané qu’il éprouve du stress dès le dixième tirage (mains humides), quand il puise dans l’un des mauvais paquets, ce qui signifie que le participant connait les bons et les mauvais paquets, par intuition, avant qu’il n’en ait pris clairement conscience. Le même test effectué avec des amnésiques échoue, ce qui confirme que l’intuition repose sur la mémoire.

 

Deux routes cérébrales

Les surgissements cérébraux générant des découvertes ne procèdent pas de la pensée analytique.

Selon Daniel Goleman, psychologue américain auteur de l’intelligence émotionnelle, deux routes cérébrales existent : la route haute, celle de la pensée analytique, qui procède par étapes et nécessite des efforts ; la route basse, celle de l’intuition, qui opère à notre insu, automatiquement et sans effort, à une vitesse incroyable. Elle permet de se faire en un éclair une opinion sur une situation donnée. C’est en passant ce que nous faisons lorsque nous rencontrons une personne pour la première fois. Nous nous en faisons une opinion et notre cerveau la juge (C’est terrible !) en une fraction de seconde. Cette impression flash jouera un rôle dans la mémorisation du nom et du prénom de la personne, thème critique souvent évoqué dans l’entraînement de la mémoire.

 

 

La première impression est souvent la meilleure

Une étude de 2002, réalisée par Samuel Gosling, du département de psychologie de l’Université du Texas à Austin, démontre la pertinence des impressions sur la personnalité et le caractère des occupants de chambres d’étudiants à la simple observation rapide de leurs chambres sans avoir vu les étudiants.

En revanche, si les observateurs prennent du temps pour analyser leurs observations, ils ont tendance à commettre davantage d’erreurs que dans leur première impression.

 

L’intuition permet-elle de prendre de bonnes décisions ?

Oui, … et parfois Non ! Certaines décisions dépendent d’un raisonnement purement analytique, comme par exemple déterminer le coût d’un achat où n’interviennent que des éléments comptables sans éléments subjectifs. D’ autres décisions comme le choix d’un nouveau local professionnel ou bien savoir si une personne me plaît ou ne me plaît pas, relèvent du système intuitif. Dans ces situations, les causes du choix ne sont pas clairement identifiables ou, tout au moins, dans le cas du local professionnel, des éléments non quantifiables interviennent.

En fait, notre intuition est fiable lorsqu’elle repère inconsciemment, des motifs familiers et en déduit la réponse à apporter, soutient John Kounios, Professeur de psychologie à l’université Drexel (Philadelphie). De par sa fonction intuitive, notre cerveau établit une cartographie de la situation. Pour cela, il faut qu’il possède en mémoire une profonde expérience du domaine. Au jeu des échecs, avant que l’ordinateur ne s’y intéresse, lorsque dans une position donnée qui semblait égale entre deux joueurs, on ne pouvait pas par l’analyse prévoir une suite gagnante, on constatait que malgré tout, c’était le plus souvent le plus fort qui l’emportait. On disait alors : « C’est
toujours le joueur le meilleur qui a de la chance ».

Cela signifiait que lorsque l’analyse devient impossible, c’est l’intuition qui prend le relais et que celle-ci est d’autant meilleure que le domaine dans lequel elle est appelée à s’appliquer nous est familier.

 

L’intuition face à l’imprévu

Notre intuition est également généralement fiable face à l’imprévu, dans une situation critique. Dans ce cas, notre cerveau inventorie tous azimuts des situations vécues quelque peu similaires et s’en inspire…, en une fraction de seconde. Dans la majorité des situations critiques, l’intuition générera une meilleure décision que celle, beaucoup plus lente, du raisonnement analytique. En revanche, méfions-nous de croire dans les vertus de notre intuition là où elle n’a pas son rôle comme par exemple les « intuitions » qui vous dirigent vers des placements financiers. Une étude a montré que les « intuitions » des experts qui conseillent tel ou tel placement, sont aussi fiables… que si vous investissiez de manière aléatoire. Méfions nous aussi de l’intuition qui laisse croire que l’on sait faire deux choses en même temps, comme téléphoner en conduisant.

En bref, quand faut-il se méfier de notre intuition ? Quand nous n’avons pas d’expérience et d’expertise dans le domaine concerné.

 

La bonne humeur et le sommeil renforce l’intuition

Annette Bolt (Université de technologie de Brunswick – Allemagne) a mis en évidence que la bonne humeur est un facteur favorisant l’expansion de l’intuition et, à contrario, que la mauvaise humeur et l’anxiété renforçaient la pensée analytique au détriment de l’intuition. Quant au sommeil, il améliore les capacités intuitives en consolidant la mémoire. Et par suite, les facultés « d’incubation », c’est-à-dire les capacités de faire de nouvelles associations d’idées, s’amplifient. Ainsi que le conseille John Kounios, il vaut mieux parfois ne rien faire : « Si votre esprit est constamment occupé à remplir des tâches, le processus d’incubation est inhibé ». Cette remarque est d’autant plus d’actualité que nous sommes sollicités par un environnent accaparant en permanence notre attention ou emplissant simplement notre tête tel une drogue que sont les écrans, les portables et les jeux vidéo à caractère obsessionnel.

Voici un exemple évoquant la nécessité de préserver les moments où l’on ne fait rien. En 1984, lors du tournage d’un film publicitaire sur une île du pacifique pour une boisson aux fruits bien connue, la société de production avait établi sa base au Club Méditerranée de Moorea pour des commodités d’intendance. Mathieu, 45 ans, créateur de la campagne publicitaire, découvrait le Club Méditerranée avec sa profusion d’activités et d’animations tout au long de la journée. Etonné devant cet éventail continu et sans répit d’activités proposées, il me confia ce commentaire subtil et clairvoyant : « Je voudrais bien avoir la liberté de m’emmerder quand je veux. ». Tout était dit.

Dans la deuxième partie de ce sujet « Intuition, Créativité et Mémoire (II) », nous poursuivrons notre voyage depuis l’Intuition jusqu’à la Mémoire en passant par la case Créativité.

Les vertus de la levure de bière

Les vertus de la levure de bière

Si aucune contre-indication ne s’y oppose, je recommande vivement la levure de bière.

Son origine

Les premières références concernant la levure de bière datent de près de huit millénaires, c’est dire que ses vertus curatives sont connues depuis longtemps !

D’après les historiens, les levures sont les premiers micro-organismes à avoir été utilisés par l’homme. Bien que le processus de fermentation n’était à l’époque pas compris, les hommes les utilisaient pour obtenir des aliments et des boissons plus digestes, au goût plus agréable et avec une durée de conservation prolongée : la fermentation a longtemps été considérée par les hommes comme un phénomène divin.

Ainsi, les Babyloniens, en honorant la déesse de la bière Nidaba , pour ses pouvoirs de guérison, n’oubliaient jamais d’y associer sa levure, pour ses bienfaits sur la santé. Dans l’Antiquité, Hippocrate l’utilisait en remède dans sa pratique médicale. Par la suite, les moines du Moyen Age en faisaient grand usage, à titre préventif, lorsqu’ils soignaient les lépreux.

La levure de bière fut de tous temps utilisée en médecine curative et préventive. Elle fait partie aujourd’hui des probiotiques les plus utiles et prometteurs en phytothérapie.

Une source exceptionnelle de vitamines, minéraux et oligo-éléments.

La levure de bière est un champignon non pathogène appelé Saccharomyces cerevisiae ou encore Saccharomyces boulardii.

Totalement inofensive (pas d’action pathogène) , leur métabolisme leur permet de digérer et de transformer certains glucides (glucose, amidon) en de nombreuses molécules (protides, vitamines, etc.) 

Elle peut être

  • active (à température ambiante) : elle est alors très efficace pour soulager de nombreux désagréments du quotidien et notemment pour régénérer sa flore intestinale, agissant comme un probiotique.
  • inactive (si chauffée à plus de 40°) : utile pour prendre soin de la peau, des ongles et des cheveux. Dépourvue de champignon vivant, elle conserve ses qualités exceptionnelles: un taux record de vitamines B, des protéines, des acides aminés ainsi que des minéraux.

La levure de bière est un concentré d’oligo-éléments et de vitamines B, indispensables au bon fonctionnement du système nerveux et des muscles.

Ses bienfaits:

  • consolider les ongles et les cheveux
  • embellir la peau
  • réduire les nausées
  • lutter contre la fatigue…

Mais il s’agit également d’un aliment excellent pour notre cerveau.

Elle contient :

  • de la vitamine B1 qui assure la transmission de l’influx nerveux
  • de la vitamine B6 qui, entre autres fonctions, soulage les cerveaux agités et l’insomnie
  • de la vitamine PP, indispensable au bon fonctionnement du système nerveux et à une bonne mémorisation.

Elle contient en plus du magnésium, bon pour la mémoire ! 😉

C’est un aliment riche en plusieurs vitamines, particulièrement la vitamine B12 et d’acide folique qui sont excellents pour la mémoire. La levure de bière ne se contente pas uniquement de booster la mémoire elle limite également tout ce qui peut la détériorer comme la dépression, l’anxiété ou encore l’apathie.

Bref, la levure de bière agit sur le bien-être, le renforcement du système immunitaire, le surmenage, le vieillissement cellulaire (action antioxydante)… je conseille !

Elle est néanmoins déconseillée aux personnes sous antidépresseurs, antalgiques ou inhibiteurs de la monoamine-oxydase chez qui elle pourrait causer une hypertension subite. Les personnes immunodéprimées ou souffrant de maladies inflammatoires de l’intestin (Crohn, RCH) devront également éviter d’entamer une cure de levure de bière, de même que les intolérants au gluten.

 

Une mémoire prodigieuse

Une mémoire prodigieuse

Mikhaïl Tal

Champion d’échecs et champion du monde pendant les années 1950-1960, Mikhaïl Tal vient de terminer une série de parties jouées en simultanée contre une quarantaine de joueurs. Une simultanée est une démonstration au cours de laquelle un champion joue contre plusieurs joueurs à la fois en passant, coups après coup, d’un joueur à l’autre, d’un échiquier à l’autre.

Tal échec

Mikhaïl Tal déclare alors à l’un des quarante joueurs ayant participé : « A tel moment, vous aviez un bien meilleur coup à jouer. » Le joueur ne cache pas sa surprise en demandant à Mikhaïl Tal « Vous vous souvenez de ma partie ? » Et Mikhaïl Tal de répondre : « Mais je peux refaire les quarante parties qui viennent d’être jouées. » Cette démonstration de mémoire prodigieuse n’est pas rare chez les joueurs d’échecs.

D’autres cas de mémoires prodiges sont connus bien en dehors des échecs.  Elles ne constituent pas toujours un avantage, bien au contraire, elles deviennent dans nombre de cas un encombrement cérébral pour ceux qui en sont dotés.

Il est clair que l’important n’est pas de disposer d’une mémoire prodige, mais d’une mémoire que l’on peut activer quand on en a besoin et quand on le décide.

C’est là la véritable maîtrise de la mémoire car le cerveau a besoin parfois d’être distrait, ne serait-ce que pour imaginer.

« J’aime les gens distraits, c’est la preuve qu’ils ont des idées. » Alain

La conception du futur dépend directement de la mémoire du passé.

La conception du futur dépend directement de la mémoire du passé.

Entretenir et développer sa mémoire apporte un confort de vie dans l’utilisation de ses ressources cérébrales, permet de pallier les petites faiblesses et carences qui sont en général le lot de chacun et préserve des dégradations mémorielles qui surviennent avec l’âge et peuvent inquiéter.

Mais l’entretien de la mémoire apporte un autre bénéfice essentiel : le développement de l’aptitude à concevoir le futur.

Le lien entre passé et avenir dans le fonctionnement cérébral était pressenti depuis les années 1980 et par l’observation du psychologue Endel Tulving, de l’Institut Rotman de recherche sur les fonctions cérébrales, d’un patient victime d’amnésie à la suite d’un accident de moto. Le patient est dans l’impossibilité de revivre les évènements de son passé ; sa mémoire épisodique, celle qui garde les évènements de notre vie, est atteinte.

Le patient est par ailleurs incapable de se projeter dans l’avenir. Il vit dans un présent perpétuel.

« Quand on lui pose la question, il est incapable de dire ce qu’il va faire plus tard dans la journée ou le lendemain, ou encore à n’importe quel moment de sa vie future. Il ne peut pas davantage imaginer son avenir que se souvenir de son passé. » (Endel Tulving, Revue Annuelle de Psychologie, 2002).

 

Sans nos souvenirs, nous sommes incapables de nous projeter dans l’avenir.

Ceci semble confirmé par l’imagerie cérébrale en 3 D obtenues en IRMf (Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) qui montre que les zones cérébrales activées lorsqu’un sujet se rappelle des souvenirs autobiographiques sont les mêmes que celles qui sont mises en jeu lorsqu’il élabore des projets.

L’hypothèse selon laquelle un seul système neurocognitif sous-tendrait le voyage mental dans le temps, passé et futur se trouve également confirmé par les expériences de Liliane Manning, professeur de neurologie cognitive à l’Université de Strasbourg et de Anne Botzung, postdoctorante à l’université Duke à Durham (Etats-Unis) dont les conclusions sont en résumé les suivantes : Si l’homme peut revisiter son passé, c’est pour y puiser le « vocabulaire » qui lui permettra d’imaginer des scénarios futurs. C’est cette faculté qui lui permet de s’adapter à de nouvelles situations ou d’envisager des stratégies pour atteindre les buts qu’il s’est fixés.

« Nous extrayons des éléments d’expériences vécues et les recombinons pour simuler, imaginer notre futur », défend à son tour Arnaud d’Argembeau, du laboratoire de psychologie de l’université de Liège.

« Si l’évolution nous a donné cette capacité de nous pencher sur notre passé, c’est pour nous donner le matériel nécessaire à la construction de notre avenir. » (Lilianne Manning)

 

Notre créativité dépend de notre mémoire du passé.

Or, ce « matériel » nous permettrait de nous projeter ailleurs, non seulement dans le futur, mais aussi dans d’autres lieux, voire d’autres perspectives, comme l’ont affirmé en 2007 les neuropsychologues américains Randy Buckner et Daniel Caroll en proposant le concept de « projection de soi ». En effet, les régions cérébrales sollicitées par les souvenirs et les projets le sont également dans d’autres circonstances : quand nous sommes au repos et que nous laissons notre pensée évoluer librement, ou, quand nous nous « mettons à la place » de quelqu’un d’autre et que nous essayons d’imaginer ce que cette personne ressent.

C’est ce qu’exprime Lilianne Manning : « La possibilité d’utiliser des évènements du passé pour se projeter dans l’avenir, des lieux du passé pour se projeter dans des lieux qui ne sont pas là, notre perspective personnelle pour nous projeter dans une autre personne… Tout cela fait appel à une fonction cruciale du cerveau : la capacité de réutiliser la mémoire du passé. »

Ainsi, pour prévoir, concevoir un projet, établir un plan, imaginer des solutions, donner le meilleur de sa créativité, il faut disposer d’une mémoire efficiente et d’une maîtrise à en exploiter les diverses ressources.