Soyez prudents.. Préservez vous et rappelez vous…

Publié le 31 Juil, 2020
par Francois Benetin

Aujourd’hui, restons masqués, préservons notre santé et… celle des autres ! Rappelons-nous, si nous l’avons lu, ou découvrons cet extrait du Décaméron (1349-1353), de Boccace, tout à fait d’actualité.

Boccace commence son récit en décrivant les dévastations de la peste de 1348 dans Florence.

Extrait de la 1ère journée (Traduction d’Antoine Le Maçon 1545):

Il y en avait aucuns qui considéraient que le vivre sobrement et se garder de toute superfluité dût beaucoup résister à un tel accident ; et s’étant assemblés en une bande, vivaient ainsi séparés de toute autre compagnie, et s’assemblaient et s’enfermaient en ces maisons où il n’y avait aucun malade, où, pour mieux vivre, ils usaient de viandes délicates et vins excellents et fuyaient toute luxure, sans parler à personne qu’entre eux, ni vouloir entendre parler de dehors de morts ou de malades, et avec instruments et tous les plaisirs qu’ils pouvaient avoir, passaient le temps.

Il y en avait d’autres de contraire opinion, lesquels affirmaient qu’il n’y avait médecine plus certaine à si grand mal que le boire beaucoup et se réjouir, chanter à tout propos, aller çà et là, et satisfaire à l’appétit de toute chose qu’ils pouvaient souhaiter, et se rire et moquer de ce qui advenait, et faisaient comme ils disaient, jour et nuit, car ils s’en allaient maintenant à une taverne, et tantôt à une autre, vivant sans règle et sans mesure. Et ceci faisaient-ils souvent dans les maisons d’autrui, pourvu qu’ils y sussent quelque chose qui leur vînt à plaisir et à gré. Ce qu’ils pouvaient faire aisément, parce que chacun, comme s’il ne devait plus vivre en ce monde, avait comme soi-même mis à l’abandon tout ce qu’il avait. C’est pourquoi la plupart des maisons étaient devenues communes, et l’étranger, pourvu qu’il y voulût venir, en usait comme le maître. Avec cette bestiale délibération, toujours fuyaient-ils tant qu’ils pouvaient les malades. Et en telle affliction et misère de notre cité, l’autorité vénérable des lois, tant divines qu’humaines, était quasi détruite faute de ministres et exécuteurs d’icelles, lesquels étaient tous morts ou malades comme les autres, ou bien demeurés si seuls et en si grande nécessité de serviteurs qu’ils ne pouvaient faire aucun office, aussi était-il licite à chacun de faire ce qu’il voulait.

Beaucoup d’autres suivaient entre ces deux manières de vivre, une voie moyenne, ne se privant pas de toute viande, comme les premiers, et ne s’abandonnant pas à boire et autres dissolutions comme les seconds, mais usaient de toutes choses à suffisance selon leurs appétits, et ne s’enfermant point allaient çà et là, en portant à la main, qui des bouquets de fleurs, qui des herbes odoriférantes, et qui, diverses manières d’épiceries, les mettant souvent au nez, estimant être chose très bonne de se conforter le cerveau avec de telles odeurs. …

O combien de grands palais, combien de belles maisons, combien de nobles habitations pleines auparavant de famille, de seigneurs et de dames, vit-on toutes vides sans qu’il y restât le moindre serviteur ! O combien de lignées dignes de mémoire, combien de très grandes hoiries, combien de fameuses richesses vit-on demeurer sans vrai successeur ! Combien d’honnêtes hommes, combien de belles femmes, combien de vaillants et gracieux jeunes hommes, lesquels non seulement un autre, mais Galien, Hippocrate et Esculapius, s’ils vivaient, eussent jugé être très sains, a-t-on vus dîner le matin avec leurs parents, compagnons et amis, qui le soir s’en allaient souper en l’autre monde avec leurs prédécesseurs !

Si les temps ne sont pas les mêmes, la mémoire de ces textes peut néanmoins éclairer notre présent, face à aux menaces et aux incertitudes qui concernent chacun.

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